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Quand Lady B. vous apprend à « night-clubber »

(Nouvel Observateur - N°1655 page 12 - 25/07/96)

La nuit est leur royaume. Avec sa géographie, son langage, son code. Nouvelles stars, les DJ (prononcer didgé), ne sont pas les disc-jockeys des discothèques d'hier. Aujourd'hui, la vague techno balaye l'univers de la fête. L'un de ses grands prêtres, Lady B., nous donne, avec les mots de la nuit, le vademecum des sorties branchées

Quand ?
La before (avant-fête). S'écrit aussi « B4 » (en anglais « B four »). Fini le temps où l'on attendait chez soi devant la télé avant de rejoindre la soirée, qui ne commençait qu'autour de minuit. Le moindre événement est prétexte à B4, comme prélude à la fête qui va suivre. Une B4 peut commencer en fin d'après-midi, autour d'un apéro-techno...

L'after (après-fête). L'after commence à 4 ou 6 heures du matin et peut prolonger la nuit jusqu'à midi. Généralement, au petit matin, on fatigue ! Vouloir poursuivre la nuit signifie qu'on est au-delà de ses limites physiques... Alors bien souvent je trouve que les after dégagent une ambiance décadente. Sauf lorsqu'elles se passent en plein air, comme à Ibiza sur des plages privées, au son d'une musique atmosphérique et relaxante.


Où ?
Le club. Remplace le mot « boîte », trop étriqué ! Comme « discothèque », « boîte » correspond aux fêtes des années 80, estampillées fric et frime. Dire « club », c'est beaucoup plus doux et convivial. Rien à voir avec la notion de club privé et son cortège de VIP. Vont en club ceux que la musique rassemble, sans discrimination de look ou de carte bancaire. Comme en raves. Dans cette nouvelle « culture club », le décor joue un rôle important. Fini la boîte carrée à trois projecteurs. Les « clubbers » sont exigeants, ils veulent voyager dans l'espace, prendre du temps pour découvrir le lieu. L'Allemagne est novatrice en la matière. L'Espagne aussi, où il existe un club construit sur des roulettes : chaque soir, les pièces bougent.

Le dancefloor. On ne dit plus « piste » mais « dancefloor », un des mots les plus mode du moment. On s'en sert comme d'étoiles : un « club à 5 dancefloors », c'est très chic.

Le chill-out. L'enclave de repos, l'endroit où on se détend avant de retourner danser. Des fauteuils partout, une musique calme, des symphonies électroniques, des sons de la nature. Le chill-out est apparu avec les grandes raves, qui préservent toujours un havre de paix pour se relaxer. Maintenant il arrive en club, dont il accentue l'aspect convivial.


Qui ?
Le DJ. Point central des fêtes. D'Australie aux Etats-Unis en passant par la France, son nom est connu de tous, sa personnalité attire les foules. Rien à voir avec le disc-jockey d'hier, anonyme poseur de disques. Le DJ est un artiste qui crée une nouvelle musique à partir de musiques existantes. Son outil est le sampler (échantillonneur), qui permet de mixer les morceaux. La technique, indispensable, ne suffit pas. Le DJ doit être passionné, avoir un charisme qui insuffle l'énergie à la soirée. Perçu comme une star, il est pourtant accessible. Sa cabine, au lieu d'être retirée dans des hauteurs, se trouve proche des danseurs. Les meilleures fêtes ne sont cependant pas celles qui, en label de prestige, annoncent une dizaine de DJ réputés. Un DJ raconte une histoire : si on le change à chaque instant, il n'en a plus le temps. Un ou deux « DJ résidents » valent mieux que des Bottin de « spécial-surprise-guest-DJ ».

Le warm-up. DJ chargé de jouer à l'ouverture des portes, de chauffer la salle en début de soirée. Terme péjoratif, synonyme de DJ pas confirmé. Autant mettre une cassette !

Le VJ (prononcer « vi-dgé »). Comme le DJ, le vidéo-jockey est un créatif, pas un passeur de vidéo-clips. Le VJ travaille par informatique, produisant des images de synthèse projetées en direct. Le visuel, dans les fêtes, prend une place grandissante. Le VJ habille les murs d'images étonnantes, dont certains disent qu'elles décuplent l'effet euphorisant de la musique.

Les performers. Cracheurs de feu, sculpteurs de glace, jongleurs, acteurs et danseurs aux costumes hallucinants... Les saltimbanques de la nuit participent aux plus belles soirées techno et contribuent à rétablir le vrai sens de la fête.


Comment ?
Le flyer. Il sert de carton d'information, plus rarement d'invitation. Mais il vaut plus que cela. Le « flyer » fait l'objet de collections. On lui consacre des expositions, notamment en Angleterre. Il est réalisé sur ordinateur par de jeunes et talentueux graphistes. Le flyer ne fait pas qu'annoncer une soirée : il en raconte l'histoire, en langage codé. Tel design, futuriste, kitsch, chargé ou minimaliste, traduit telle ambiance. Telles informations, « technicalities » (type de son, d'éclairage), « line up » (ordre de passage des DJ), « attractions » (VJ, « performances »), reflètent tel état d'esprit. Le flyer est gratuit, disponible dans les magasins de disques techno et indispensable pour se tenir au courant des soirées, qui, contrairement au passé, changent sans cesse d'endroit.

Quoi ?
Le smart. On l'appelle aussi le « power drink ». C'est la boisson des nuits de cet été ! Vendue légalement depuis peu, elle se boit comme un soda mais contient caféine, guarana, ginseng, vitamines... Ultra-énergétique, elle contribue à se dépenser ! Le smart remplace l'alcool, que les noctambules actuels consomment peu. Il est aussi un palliatif à la drogue, qu'on associe trop souvent à tort et à travers aux événements techno. C'est essentiel de le souligner : la drogue, selon moi, n'a rien à voir avec l'esprit de ces nouvelles fêtes, qui s'articule autour de valeurs positives, avec émotion et sincérité. Mon mot clé pour décrire les nuits techno ? Créativité.


Emmanuelle Bosc


 
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