![]() |
|
![]() |
|||
Laurent Garnier, platineur artistique(Nouvel Observateur - N°1767 page 106 - 17/09/98)
Le plus célèbre DJ français est un iconoclaste : pour lui, l'avenir de cette musique passe par la scène.
Là où d'autres DJs vendent 500 albums, il en vend 50 000. Voilà, en gros, ce qu'il faut savoir de Laurent Garnier. Le reste, c'est de la musique, juste de la musique. Nous avons rencontré le Mozart électronique du côté de Malakoff, où il affûtait son show pour l'Olympia. Une première pour cette salle mythique et pour la techno. Mais qu'en pensent les puristes ? « Les puristes sont des branleurs réactionnaires. Qu'ils pourrissent dans leur underground, moi je communique avec le futur. » Tendu, le Garnier... Attablé devant un jus d'orange, T-shirt Canal+ et jean bleu brut, le DJ « with a face » se braque et manifeste un agacement subtilement mêlé de mépris pour son interviewer, l'assimilant dès la première minute à ces « irréductibles casse-couilles » qui trouvent à redire quant à sa démarche « crossover » : Victoires de la musique (avec les félicitations de... Gilbert Bécaud), émissions sur Fun-Radio et, le 17 septembre prochain, l'Olympia. « Le vrai puriste, c'est moi. Mais je casse pas les autres, sinon les opportunistes comme Jean-Michel Jarre. Ses 14-Juillet, c'est de la branlette : tout ce qu'il fait depuis ses deux premiers albums est à chier. » Garnier a travaillé avec Jarre et semble en garder un souvenir inoubliable : « On n'en parle pas. » Pour désamorcer la bombe Garnier, un moyen simple : lui parler de sa musique. Alors on lui dit que sa techno-house est particulièrement groovy, notamment dans ses programmations de percussions, contrairement aux beats généralement carrés de ses concurrents. Là, Garnier se détend, flatté, et va jusqu'à sourire : « C'est sympa... c'est mon maître spirituel, à Detroit, qui m'a appris à swinguer en innovant dans la mise en place des percus. Le problème de la dance, c'est qu'elle ne parle pas à mes hanches. » Bien. Il faut dire que Garnier est un fan de la funk d'Earth Wind & Fire, Funkadelic, James Brown. A 8 ans, il ne voulait être ni pompier ni vétérinaire, mais DJ : « J'ai animé mes premières soirées à 12 ans, puis des mariages. » A 18 ans, il va étudier l'hôtellerie à Londres, avant de devenir DJ résident de l'Hacienda, la boîte légendaire de Manchester où s'est opérée la rencontre sur le dance floor du rock et de la dance. De retour à Paris, il fait la connaissance d'Eric Morand (lire encadré ci-dessous), à la Luna, une boîte de Bastille. Ils ne se sépareront plus. De ses années DJ, Garnier garde un souvenir en forme de séquelle : « Je suis dur de l'oreille gauche, à cause du casque avec lequel je mixais. J'ai vu dernièrement mon ORL, il m'a sévèrement invité à me calmer... » A l'avenir, il sera de moins en moins DJ, et surtout pas DJ résident : « Je veux m'occuper de ma musique, de mes compositions, de la scène. » Le live de l'Olympia mêlera informatique, électronique, acoustique, chorégraphie, voix, visuel, avec à la batterie le fils de Sidney Bechet, Daniel : « Il est comme un gosse depuis que je lui ai acheté la dernière batterie électronique de chez Roland, une machine de fous. Si la techno ne passe pas par l'épreuve de la scène, avec de vrais concerts, elle est condamnée à mourir dans deux ans. » Mais Laurent Garnier est là qui veille, le poids d'une notoriété fulgurante sur les épaules, ajouté à l'angoisse d'un bug électronique sur scène : « Il faut que les gens pigent que tous les ordina- teurs plantent, à un moment ou à un autre. » En attendant le grand bug de l'an 2000, allez dans la paix du mix, à la grand-messe du 19 septembre.
Y. B. |