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Entre rave et réalités

(Nouvel Observateur - N°1767 page 107 - 17/09/98)

Organisation des fêtes, statut juridique des DJs, etc. : entre le mouvement techno et les pouvoirs publics, le dialogue progresse.

Au commencement furent les raves « sauvages », sans autorisation, dans les endroits les plus fantaisistes : champs, carrières, souterrains, hangars désaffectés. C'était le temps de l'exotisme un peu sauvage. Mais entre ravers et police, les relations vont rapidement tourner à l'orage. Rebelle, le mouvement techno inquiète les pouvoirs publics. Les gendarmes n'apprécient pas le respect approximatif des normes de sécurité. A quoi s'ajoute la réputation sulfureuse qui colle rapidement au milieu : techno égale ecstasy. Diabolisé, ce courant musical et culturel va donc faire l'objet d'un contrôle de plus en plus sévère. En janvier 1995, le ministère de l'Intérieur publie une circulaire, « Les soirées raves, des soirées à haut risque », dans le même esprit que le « Criminal Justice Act » adopté un an avant en Grande-Bretagne : un « véritable manuel de propagande antitechno », s'insurge Arnaud Frisch, du magazine « Coda ». Forts de ce cadre juridique, les policiers interdisent désormais régulièrement des fêtes à la dernière minute, pour des motifs souvent mineurs. En février 1996, une interdiction intempestive empêche la tenue de la soirée Polaris à Lyon. Grosse colère : le monde de la techno se mobilise au sein de l'association Technopol.

Dès juillet, les principaux acteurs du mouvement sont reçus à la direction de la musique du ministère de la Culture. Le message qu'ils veulent faire passer est simple : la techno est sortie de l'adolescence et a besoin d'un nouveau cadre institutionnel qui lui permette de se développer et d'en finir avec les paranos en cours.

Née en marge des circuits de production et de distribution existants, les musiques électroniques ont créé une économie parallèle (DJs, organisateurs de soirées, magasins, labels), mais malgré le succès, un vide juridique certain persiste et entrave la professionnalisation du mouvement.

Le dialogue va se nouer progressivement avec la direction de la musique. Et l'arrivée au pouvoir de la majorité actuelle permet de multiplier les contacts. En novembre 1997, Technopol intervient dans un colloque au Centre de Formation de la Police. Une nouvelle circulaire est mise en chantier, en concertation avec le milieu techno. Publiée dans les semaines à venir, elle amende très sérieusement le texte alarmiste de 1995 : « Nous voulons assouplir le dispositif répressif en tenant compte des spécificités du mouvement, pour que ses professionnels puissent exercer leur activité dans des conditions satisfaisantes, explique André Cayot, de la direction de la musique. En revanche, ils seront tenus d'obéir aux impératifs de sécurité qui régissent tous les métiers du spectacle. Si la réglementation en matière de drogue reste ce qu'elle est, le nouveau document met en avant l'aspect culturel et artistique de cette mouvance et insiste sur la nécessité de dissocier techno et drogue. »

Cette nouvelle circulaire ne règle cependant pas tout : les DJs n'ont toujours pas de statut juridique clair. Celui d'intermittent du spectacle, auquel songe la direction de la musique, ne fait pas l'unanimité. Autre question : les DJs peuvent-ils toucher des droits d'auteur pour leurs prestations ? S'ils ne composent pas réellement, ils créent une entité sonore personnelle en mixant, en échantillonnant les oeuvres d'autres musiciens. La Sacem propose de leur verser un douzième des droits sur l'ensemble des titres joués dans une soirée, ce qui fait hurler les labels de techno. Dernier point : la techno française, qui connaît un succès planétaire, ne rentre pas dans les quotas de chanson française que les radios sont tenues d'observer. Normal, direz-vous, pour des musiques sans paroles. Oui, mais comme le souligne André Cayot, « pour une fois qu'on a une scène qui s'exporte, c'est vraiment dommage... »


Véronique Dupont


 
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